créations et productions zèbrées

Errances…  TEXTE DE A.
Février 2008

Par où commencer ? Je ne suis pas finie. A mon âge ! S’il est vrai que l’on a plusieurs vies, alors je viens d’entamer la deuxième. Mais je n’y suis encore qu’à l’état premier. En pleine transformation. En pleine mutation. J’ai trouvé le Passage. Mais je n’en ai pas atteint le terme.
Celle que j’étais n’existe plus ? J’étais la même, tout en étant une autre. Maintenant, le masque est tombé. Devant la glace, je vois celle dont j’ignorais l’existence. Les traits sont les mêmes mais quelque chose a changé. Un éclat différent. Une lueur dans le regard. Bonjour. Me voilà enfin. Face à mon vrai moi. Une étonnante rencontre .
L’albatros vole plus haut, ses ailes ne le gênent plus. Il n’essaiera plus de les couper pour rester au sol.
Avoir été si longtemps inconnue à soi-même. Avoir porté ce secret si lourd, sans le savoir, si longtemps. La moitié d’une vie. Tout s’éclaire, tout s’explique ! Je repasse le film de cette vie et les choses m’apparaissent limpides ! Voilà donc pourquoi ! Je n’étais pas en cause, alors ?… Déculpabiliser. Enfin. Non, je ne m’ « écoutais » pas. Mes états d’âme, mes souffrances étaient vrais ! Non, je n’étais pas stupide. Ma différence me le faisait croire ! Non, je n’étais pas paresseuse. Certaines tâches me sont si difficiles ! Non, je ne suis pas une pleurnicheuse. L’empathie fait partie de moi ! Non, je n’étais pas impatiente. Je vais plus vite , c’est tout !
Comprendre enfin le pourquoi de mes choix, de mes erreurs, de mes échecs.
Et je ne suis pas seule. Avoir trouvé enfin d’autres albatros avec lesquels voler. Echanger. Avancer.
Etre en paix. Serait-ce possible ? Serais-je enfin sur cette voie ? La torture intellectuelle, émotionnelle, pourrait-elle s’éteindre ? Trouver enfin un équilibre. Sans masque. Est-ce vers quoi me mène Le Passage ? Y a-t-il une lumière au bout de ce tunnel-là ?
Ou cette lucidité me rendra-t-elle folle un jour ? « La lucidité n’extirpe pas le désir de vivre, tant s’en faut, elle rend simplement impropre à la vie. » De l’inconvénient d’être né, Cioran
Il faudrait que j’arrête de penser. Echapper à cette conscience. Fuir la lucidité.
Savoir profiter des moments de bonheur. D’apaisement. De calme. Déployer mes ailes et me laisser porter. Savourer le plaisir d’être parmi les miens. Comme certains volent librement !
Ne pas regarder en bas, les albatros à terre. Toi, mon frère. Je n’ai pas su t’empêcher de tomber ni t’aider à reprendre ton envol. Faut-il accepter de te laisser au sol ? De te laisser sombrer ?
N’as-tu pas choisi ta chute ? « Peut-on parler de liberté (puisque c’est de cela qu’il s’agit) lorsqu’ils se trouvent réduits à choisir entre deux souffrances ? Ou bien faire pénitence et purger leur peine à perpétuité, en renonçant à leurs potentialités et en développant un sentiment de frustration. Ou bien tenter de s’évader, de fuir dans la solitude, la psychose ou le suicide, de se désolidariser de leur milieu, et de paver leur pseudo-liberté au prix de la marginalisation et de la culpabilité. S’adapter ou être exclu. » Dr Alain Gauvrit, Le complexe de l’albatros
N’as-tu pas choisi l’exclusion ? Nos nombreuses et longues conversations sur « la norme » me reviennent en mémoire. Tu t’attachais tant à t’en démarquer, à la rejeter. Nos passionnants débats philosophiques me manquent. Même ça, tu n’en as plus l’envie. N’est-ce pas ça, ta défense ?
Que ne donnerais-je pour retourner en arrière, avec ma connaissance d’aujourd’hui, pour t’empêcher de t’empêtrer dans tes magnifiques ailes ! Moi qui m’efforçais de garder les pieds au sol pour me fondre dans cette norme que toi, tu avais l’audace de combattre !
Je vais me battre pour que jamais mes enfants ne chutent, pour qu’ils déploient leurs ailes avec bonheur. Je monterai la garde, je les relèverai quand ils s’épuiseront, je les nourrirai de mes blessures. De tes leçons, mon frère. Je t’aime.
Ce soir, mes yeux sont trop brillants. Tu me manques tant.
Les regarder grandir. Les regarder vivre. Les regarder rire. Et sourire. Face à cette insouciance qu’ils ont encore. Que je vais m’attacher à entretenir. Que la lucidité tarde encore. Qu’elle attende pour venir les ronger à leur tour. Ils ne sont pas prêts. Le seront-ils jamais ?…

Mars 2008
Pas la force d’avancer aujourd’hui. Trop de choses se bousculent dans ma tête. Ca vient de toutes parts. Des pensées qui m’assaillent, me tourmentent. Je ne sais plus comment m’en sortir. J’étouffe. Impossible de me mettre à mon travail. De m’occuper du quotidien. Je me sens si vulnérable tout à coup. « Je devrais écrire un Traité des larmes. J’ai toujours ressenti un immense besoin de pleurer […]. Regretter tout en regardant le ciel fixement pendant des heures… c’est ce à quoi j’emploie mon temps, cependant qu’on attend de moi des travaux et qu’on m’exhorte de tous côtés à l’activité. » Cahiers 1957-1972, Cioran
J’aurais aimé rencontrer Cioran. J’ai longtemps refusé de le lire. Mécanisme de défense, peut-être. Car ses écrits qui me parlent tant sont dangereux. Une fascination dangereuse. Il faut en sortir. Regarder la télévision. Lire une BD. Arrêter de penser, vite.
Toutes ces pensées, tous ces mots (maux ?) dans ma tête, ne sont-ils pas le poids inéluctable de ma condition même ? La contrepartie du masque ? N’est-ce pas le prix à payer ? « On ne devient pas normal impunément » Cahiers 1957-1972 , Cioran
Novembre 2009
Voilà, un peu de vague à l’âme ce soir. Pourquoi, comment, je n’en sais rien, sans raison, juste comme ça. A me replonger en moi-même. En ce qui me fait moi. Tomber le masque. Ce foutu masque. Qui m’accompagne depuis si longtemps. Depuis toujours ? Pourtant, le masque se fait de plus en plus fin, de moins en moins couvrant. Fini de jouer la comédie, de faire semblant. Enfin presque. J’ai changé. Ou du moins j’ai changé l’image que j’offre au monde. Elle est un peu moins fausse, un peu moins lisse, un peu moins « normale ». Et c’est tant mieux. La norme. Pouah. Beurk. Etre mise dans une case. Un moule. Etre madame tout-le-monde. Jamais. Je refuse de me fondre dans la masse. Au contraire. Crier, que dis-je, hurler, sa différence ! La jeter au visage de ce monde de clones. Cri intérieur. Douloureux. Refuser d’être comme eux, afficher sa différence. Sa richesse. Mais être écrasée par son poids. Lasse de devoir nager à contre-courant, de toujours lutter pour rester soi-même. Comment vivre au milieu des autres ? Tout semble si simple pour eux ! Se torturent-ils l’esprit pour survivre ?… J’aimerais trouver la clé. Pouvoir la donner à mes enfants. Leur éviter ça. Mais le mal est fait, n’est-ce pas ? Leur souffrance est palpable. Je sais leurs angoisses, leurs tortures. Elles sont miennes aussi. Depuis toujours. Leur éviter une partie du combat, au moins. Leur dire leur différence, les guider pour l’apprivoiser, leur montrer le chemin. Leur éviter, peut-être, ne serait-ce qu’un peu de la quête qui fut (est ?) mienne. Trouver les mots qui éclairent. Qu’ils comprennent pourquoi, qu’ils acceptent. Que plus jamais ils ne doutent. De leur richesse ; leur valeur. Qu’ils fassent de leurs différences un atout, et non un fardeau. Pour vivre plus légers. Pour affronter le monde avec plus de sérénité, moins de peur. Et trouver le plaisir, l’équilibre, la paix. Mais comment les armer pour trouver leur place dans ce monde qui n’est pas fait à leur image ? Etre soi tout en s’adaptant. Est-ce possible ? Le bonheur est inaccessible, n’est-ce pas? Inaccessible ou inexistant ? N’est-il pas un leurre que les « croyants»vénèrent ? Faut-il être stupide pour croire en un tel mirage ? Bien docile, bien faible… Bonheur, vie éternelle, au-delà, même combat.

Chaque matin, se lever et enfiler son masque.

Chaque matin, se dire que tout ça, c’est fini, qu’il est temps d’être soi-même, que c’en est fini de la mascarade.

Lever un pan du voile qui me dissimule, mais avoir peur, et bien vite se réfugier à nouveau sous ma carapace.

Ce bouclier, tantôt aimé, tantôt haï.

Un camouflage construit au fil des années, au fil de la vie. Par nécessité. Se protéger. Ne pas exposer sa différence, ne pas exposer ses failles. Se cacher pour ne pas être vulnérable.

Pour survivre dans ce monde où l’on se sent si différent.

Un camouflage devenu tellement habituel que soi-même, parfois, on ne sait plus où est la limite entre le naturel et le jeu. Entre ce que l’on est vraiment et ce que l’on donne comme image à autrui.

Un jeu de masque épuisant parfois qui donne envie de crier « Assez ! » et de hurler à la face du monde qui on est vraiment.

Un masque qui pèse lourd dans une vie rongée de l’intérieur par une pensée sans fin. Un cerveau qui refuse de s’arrêter, et auquel on voudrait pouvoir imposer le silence. Je suis usée par cette multitude de pensées sans fin, qui chaque seconde en amènent une nouvelle, et qui elle-même, etc…

Combien sommes-nous à rêver de ce bouton « off » qui alimente nos espoirs impossibles ?

Combien sommes-nous à avoir tant souffert de nous sentir différents, anormaux ? A culpabiliser ? A avoir honte ?

J’ai eu besoin de trouver des réponses à ce que je suis. J’ai eu besoin d’entendre d’autres voix se joindre à la mienne. J’ai eu besoin de livrer mes blessures. De partager mes doutes, mes angoisses. J’ai eu besoin d’entendre les souffrances des autres. De tendre la main.

Et c’est ici, auprès de quelques zèbres rencontrés ailleurs que j’ai choisi d’être aujourd’hui, de poser mes lourdes bagages. De tomber le masque. Zèbres en liberté.

 

A.

TEXTES ZEBRES

Vie de zèbre (s)

Souvent, pendant une occupation, une tâche, un travail, une lecture, je ne peux m’empêcher de m’interrompre pour rêver, penser, laisser mon esprit vagabonder. Je lève le nez et je regarde (sans toujours regarder vraiment) ce qui se trouve devant moi : des objets, une pièce, le jardin, un paysage, le ciel etc. Mes pensées peuvent partir de ce que je regarde et diverger sinon je ressasse des   faits, des évènements récents ou non, une discussion que je savoure ou dont je repasse le film en imaginant les variantes qui auraient pu être possibles. Cela peut être une plongée vers le futur : un rendez-vous, une rencontre, une sortie, des vacances, une invitation, un événement familial, une inquiétude. J’en imagine les déroulements possibles. Des idées noires peuvent survenir : elles me font imaginer des scénarios catastrophes et parfois j’en ai les larmes aux yeux. Je ne relate pas ce vagabondage de façon exhaustive car j’en suis incapable, du moins pour l’instant. Bien sûr, je peux penser tout en faisant autre chose mais j’ai aussi le besoin de m’arrêter et j’ai l’impression que c’est surtout pendant une tâche trop prenante ou qui demande trop de concentration, ou alors inintéressante. Ce qui est piégeant pour moi, c’est quand je dois écouter avec beaucoup d’attention un interlocuteur, une conférence, un film… Je peux décrocher pendant quelques secondes et je peux avoir perdu le fil. Cela peut être aussi avant de faire quelque chose que je repousse de jour en jour. C’est alors une façon de procrastiner. Evidemment, quand je dois m’exécuter de façon urgente, j’accomplis ma tâche sans m’évader et avec le stress qui va avec. C’est aussi quand je ne fais rien : je m’installe devant mon jardin ou un paysage et je pense. On dit que c’est de la contemplation.

Mon père, lui, pensait en marchant d’un rythme soutenu d’une pièce à une autre. Ses pensées s’extériorisaient à travers les expressions de son visage. Petite fille, je l’imitais (singeais) en prenant sa posture et en marchant derrière lui. Il ne s’en apercevait même pas.

Mon grand-père, pendant sa période active (il avait un atelier de menuiserie, il était maire et il chassait) s’installait face à la cheminée, à califourchon sur une chaise, les bras posés sur le dossier, les yeux dans le vague et s’évadait. Quand je lui parlais, il ne m’entendait pas.

Avant de savoir

Avant de savoir, je croyais qu’il me manquait quelque chose par rapport aux autres.   Il m’arrivait de penser que je pouvais mieux réussir que la plupart des personnes (comprendre plus vite par exemple, combien de fois j’ai rongé mon frein) mais que quelque chose m’empêchait d’en avoir les bénéfices. Alors quoi ? Pourquoi ? Je m’étais trouvé une raison en remontant à ma naissance que l’on m’a raconté difficile. Est-ce qu’au cours de cet accouchement, une partie de mon cerveau a été abîmée ? Pour moi, c’était plausible et je me résignais en me disant : « Pas de chance ! »

Par moment, j’espérais une découverte, une nouvelle science inconnue de tous ou presque. Et que ceux qui le désiraient, pouvaient la découvrir sous forme de cours, de conférences. Bien sûr, je m’y serais précipitée et je me voyais, enfin égale aux autres car commençant tous au même niveau, mais avec ce cerveau rapide qui serait utilisé avec le maximum de son potentiel même s’il lui manque un je ne sais quoi…

Le dico

Je commencerai ce petit chapitre par mon rapport au livre en général. Depuis toute petite, j’ai toujours aimé lire et surtout depuis une histoire qui m’a passionnée et qui a été le début d’une quête : celle d’autres histoires aussi passionnantes. Mais, retrouver la même passion avec toutes les émotions qui peuvent aller avec fut rare. Cette recherche s’effilocha avec d’autres types de lecture que je rencontrais par hasard surtout à la maison puis que je recherchais : articles de magazines d’actualité et de journaux, livres documentaires ou encyclopédiques ou dictionnaires que j’ouvrais au hasard.

Cela me fait prendre conscience que le roman est souvent ennuyant pour moi surtout quand son écriture ne convient pas avec mon esprit de concision. J’ai du aussi me défaire (ça s’est fait petit à petit) du moule de lectrice bien sage que je me suis inculqué enfant. Je me revois à l’âge de 7 ans lisant de A à Z un dictionnaire illustré pour enfants que l’on m’avait offert pour mon anniversaire. Je m’étais juste dit que je ne voyais pas comment on pouvait utiliser ce dictionnaire autrement tant je trouvais les mots faciles puisque je les connaissais presque tous.

Puis, beaucoup plus tard, à l’âge adulte, prendre un Larousse, l’ouvrir au hasard et lire en navigant de mot en mot. Ce qui préfigurait le surf sur Internet, voyage virtuel que j’aime faire quand j’ai le temps.

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